Ou la France réconciliée

Eh oui, cette fois, Pierrot, de lunaire est devenu fou: mad Pierrot. Il y a des surnoms qui vous collent aux basques plus sûrement que n'importe quel limier.

Début de l’occupation, cette période marquée par les rationnements, la peur des autres et la solidarité secrète. Pierre, après le tour du monde, se rend à Paris et fréquente les petits truands. Il sert les Allemands dans la bande du «Grand René». Malfrats sans états d'âme munis d'Ausweis et qui pratiquent le marché noir, le racket, les attaques à main armée pour la Gestapo.

Pierre Loutrel s'enrichit. Tourne avenue Foch, une des plus somptueuses avenues de Paris, dans une Talbot-Lago rouge décapotable.

C'est le roi du P.38. Champagne au One Two Two (connu du Tout-Paris de la nuit, peut-être alors le bordel le plus célèbre de la capitale, 122 rue de Provence dans le 9e arrondissement), avec ses frères d'armes, Mammouth (Abel Danos), Riton le tatoué (Henri Fefeu), gros Georges (Georges Bouseseiche). Loutrel boit comme un trou, multiplie les incidents.


talbot lago rouge pierrot le fou


Juin 1944, au Chaplain, bar de Montparnasse, lieu sans doute nommé d’après la rue Chaplain près des Jardins du Luxembourg, il revient se venger d’une humiliation suite à une bagarre. Un inspecteur de passage veut s'interposer. Le gangster le baladera presque mort en Citroën avant de le jeter sur les pavés, faire marche arrière et l'écraser. Il survivra.

Les Allemands s’en vont, le vent tourne, Pierrot le fou rejoint la résistance. Il appartiendrait au DGER, service secret français, commandé par colonel Passy. À Montmartre, il rencontre Jo Attia, ancien de Tataouine, rescapé de Mauthausen. Le gang compte maintenant cinq membres: trois gestapistes, Danos, Fefeu, Bouseseiche, un rescapé des camps, Attia, un FFI, Naudy. La France réconciliée.

Libération de Paris. Le collabo Georges Boucheseiche passe indemne au travers de l’épuration, il sera un sous-traitant de la barbouzerie impliqué dans l’affaire Ben Barka en 1965. Quant à Loutrel, alias Pierrot le Fou ou Pierrot la Valise, et transformé en Robert le Dingue sous les traits d’Alain Delon: un ancien marin alcoolique devenu chef de bande après des années de vaches maigres. Il collabore mais fréquente plus l’avenue Foch que la Carlingue de Bonny et Lafont, dont il se méfie. Profitant des bureaux d’achats institués pour piller la France et chasser les « terroristes », Loutrel s’enrichit avant de se faire discret à la Libération, changeant de camp avant d’être repéré chez les FFI.

7 février 1946, 11 h 30, un vieillard minable remonte l'avenue Parmentier qui s’étendait originellement de la rue du Chemin-Vert à la rue Saint-Ambroise. Elle doit son nom à Antoine, l’inventeur de la recette fameuse, le hachis. Eh oui, il fait parti de ces hommes qui ont contribué au bien des foules, un agronome, un humaniste, c’est lui qui a dit devant le légume nouveau: c’est bon, vous pouvez en manger. C’est comme ça que la pomme de terre nous a envahi, grâce à lui!

Pas de hachis cette fois. Un jour, avenue Parmentier, le vieillard c’est peut-être son fantôme… Deux convoyeurs sortent du Crédit lyonnais avec de l’argent (un autre Crédit lyonnais sera attaqué par Mesrine en 1973, celui de l'avenue Bosquet dans le VIIe arrondissement de Paris). Le vieux sort une mitraillette: c'est Pierrot. L'attaque dure une minute. Le gang emporte 3 millions. Trois jours plus tard, une camionnette des PTT est prise d'assaut. 8 millions. Puis une usine d'Issy-les-Moulineaux. 7 millions. Voilà pour l'humanité et les trois grand principe, pognon, fric et argent.


martine carol pierrot le fou


L'hôtel Maxim's, établissement de la rue Royale, a été le siège de choses plus ou moins glorieuses. En 1997, un Allemand achète une caisse de douze bouteilles de mouton-rothschild 1945 à un ancien combattant américain, juif allemand d'origine, avec lequel il s'est lié d’amitié. Prix? Un demi-million. C’était lors de la vente aux enchères des 8000 bouteilles de la cave de l’hôtel qui a rapporté 10 millions de francs. Cet acheteur allemand, qui a requis l'anonymat, est un industriel du textile, partenaire de Pierre Cardin, le propriétaire de Maxim's. «J'avais 10 ans quand les Américains ont libéré du nazisme ma ville de Herford, au sud de Hambourg, a-t-il confié à Libération. J'ai fait la rencontre de cet officier, un homme extraordinaire, un juif qui avait fui l'Allemagne en 1937. J'ai gardé le contact avec lui. Il fête ses 80 ans. Quand j'ai vu ces bouteilles datant de 1945, avec le V de la victoire sur l'étiquette, je me suis dit: "Elles sont pour lui!»

Le 14 juillet, le commissaire Mattei fond sur Loutrel qui se trouve à l’hôtel Maxim's et cet fois en personnage plus douteux qui en hantait les grand hôtel de Paris pendant l’occupation, voir le Lutetia.

Échange de coups de feu, Loutrel s'échappe et le même jour est pris dans un contrôle d'identité. Il s’échappe encore. Deux jours plus tard, à Paris, il attaque un fourgon de la Société générale, vide un coffre-fort de la SNCF, braque un fourgon postal rue Maubeuge. La police, désorganisée, patine. Loutrel surnommé le Fou, le Dingue, le Louf, hante les bars, exhibe des liasses de billets, sème la zizanie avec un P 38

Pierrot rencontre Martine Carol, étoile né de la Seconde Guerre mondiale. Pendant l’Occupation, comme beaucoup d’acteurs français, elle tourne des films financés par la firme allemande Continental film, dite Continental, société de production cinématographique française financée par des capitaux allemands. Créée en 1940 par Joseph Goebbels elle produit une trentaine de longs-métrages entre 1941 et 1944, dont certains comme La Main du diable et Le Corbeau sont devenus des classiques français. Le nom de Martine Carol sera associé Caroline chérie, adapté des romans de Cécil Saint-Laurent ou elle incarne une aristocrate ravissante et déterminée qui survit à la Révolution et prend sa revanche! Avec la montée de la nouvelle star Brigitte Bardot une blonde en remplacera une autre. Son dernier film, en 66, sur elle-même, s’appelle la Toile et rend hommage à toutes les résistances possible grâce au Web, mais a-t-il quelque chose à voir avec le Net?

Ce soir-là au Baccarra, Pierre Loutrel est ivre, l'actrice minaude. Finalement, il l'embarque sous la menace dans sa Delahaye. Tente-t-il de la violer? Elle se rebelle. Il la frappe, l'abandonne du côté de Vincennes. Le lendemain, elle reçoit une corbeille de roses rouges avec ce mot : «Avec les excuses de Pierrot le Fou». Pas la jeanne Schneider de Mesrine, ou la fameuse Bonnie Elizabeth Parker de Clyde Barrow.

Le ministre Édouard Depreux, résistant de la première heure, appartient à la génération des jeunes combattants de la première guerre mondiale, né d’une famille d'industriels. Étudiant en philosophie il est mobilisé en 1917, gazé, Croix de guerre. De la sympathie pour les ouvriers et les idées de Jean Jaurès il rejoint la SFIO. Inscrit au barreau de Paris il est à au ministère de l'intérieur un an en 1946. Cet homme jouit d’un réel prestige à la libération; il fulmine: il faut en finir avec le gang. La police est sur les dents.

Sources:
www.versusmag.fr
www.lefigaro.fr
www.liberation.fr
www.assemblee-nationale.fr
Wikipédia
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