Monseigneur Châtel est vers 1830, le fondateur d’une l’Eglise Catholique Française indépendante de Rome.

Origine Né en 1795, Ferdinand-François Châtel est originaire de Gannat dans l’Allier. Ses parents sont paysans. Remarqué pour sa vive intelligence il entre au petit séminaire de Clermont-Ferrand et de continuer, grâce à de brillant résultats, au grand séminaire. Prêtre en 1818, puis vicaire de la cathédrale de Moulins, curé à Montoy-sur-Loire, aumônier au 23ème régiment, au 2ème régiment de grenadiers à cheval de la garde royale, son caractère indépendant et des idées libérales sont déjà remarquable. Il est capable de monter en chaire et l’apologie de la liberté religieuse ce qui provoque, un dimanche à Paris, une vive inquiétude et certains journaux le signalent.


Abbé Châtel

Surveillé étroitement par le clergé de Paris, aux alentours de Révolution de juillet 1830, démocrate convaincu, il collabore au "Le Réformateur, écho de la Religion et du Siècle", défend le peuple et stigmatise l'institution du Pape. "frappé d'interdit" pour ses tendances gallicanes, cet homme de tête va de l'avant et ouvre son lieu de culte au n° 18 de la rue des Sept-Voies à Paris et s’attache à développer son projet d’une Eglise Française complètement indépendante de Rome. Sa petite réforme profite de la révolution des "Trois Glorieuses" de 1830, jointe au vote de la "Charte rénovée" (9 août) autorise la liberté de la presse et l'abolition de la censure. De religion d'Etat, l'église catholique devient celle de la majorité des français. Nous sommes sous Louis-Philippe.

Développement Devant le succès de la chapelle, qui devient trop petite, l’abbé Châtel migre salle Valentino, dans la rue Saint-Honoré, et au n° 23 de la rue de la Sourdière en janvier 1831, rue de Cléry et rue du Faubourg-Saint-Martin au n°29. L'abbé est un partisan des idées de la révolution, contre l'église de Rome. Une foule se presse. Son éloquence le sert et son expérience d'orateur qui a connu toutes les grandes églises de Paris aurait pu lui valoir un haut poste chez les catholique. Même à Notre-Dame de Paris il parle au l'élite et pouvait être apprécié des membres du clergé qui s'effraya d'autant plus devant ses positions révolutionnaires. Cet homme aime le peuple, dont il compare la voix à celle de Dieu.

Forcément populaire, les idées de Châtel concordent avec les idées nouvelles, mais que valent-elles au plan religieux? Le pape ne serait plus infaillible, seul Dieu l'est, car la liberté exige qu'un pouvoir terrestre puisse admettre ses erreurs. Cela revient à rejeter le droit divin au profit de celui du peuple. Selon la pratique de l'église primitive, les prêtres ont droit au mariage, l'église n'a pas le pouvoir d'excommunier ou de refuser une sépulture. Plus de jeûne, et limite les dépenses légales de mariage à l’autorité civile. La messe en français (à cette époque c'est partout en latin) ce qui est proche des conceptions gallicanes éditée sous le patriarcat de Mgr Giraud à Gazinet, en 1930. L'abbé est un précurseur. De 1830 à 1833 il célèbre quelques mariages, des baptêmes, des enterrements, l'essor devient considérable, il fédère d'autres hommes d'églises et créer cette fameuse église indépendante.

Grandeur et décadenceEn 1831 il devient même Mgr Châtel, évêque-primat de l’Eglise Catholique Française. Plusieurs journalistes écrivent sur son œuvre et certains favorablement, comme au Constitutionnel et demande même une aide au gouvernement qui la lui refuse. En 1835 l'Eglise de Mgr Chatel gère des écoles et pensionnats, un séminaire, édite un almanach, des eucologes et fini par être présente dans plus de trente départements. Une telle expansion a trouvé ses limites dans le pouvoir Vatican et la menace que cet évêque représentait. Le mouvement de l'abbé Châtel pouvait devenir majoritaire en France. Le roi Louis-Philippe ne lui en laissa pas la possibilité et prononça la dissolution de l'Eglise et la confiscation de ses biens en 1842.

L'Eglise a survécu dans la clandestinité, continuant ses cultes entre deux descentes de police. De déboires en tracas, de recours en protestations, l'évêque découragé s'établit à Mons, en Belgique, échoue à lancer ses idées et revient à Paris et, lors de la Révolution de 1848 essaie de relever son mouvement, parle contre le célibat des prêtres, l’esclavage, les abus de la confession, l’éducation antinationale des séminaires, pour la souveraineté du peuple, l’amour de la patrie, l’émancipation de la femme: mais les temps ont changé. La diffamation et la calomnie méthodique ont fini par payer et il finit condamné à un an de prison et 500 francs d’amende pour incitation de soldats à l’insubordination. Il tombe dans la pauvreté, essaie de survivre comme enseignant, on le retrouve épicier rue Mouffetard à Paris. Il meurt en 1857 à l’âge de 62 ans, dans l’indigence et la misère.

"Qu'il meure ! criaient-ils, répétant les paroles anciennes, qu'il meure ! Car nous avons trouvé que cet homme est une peste, et que par toute la terre il excite une sédition parmi les Juifs, et qu'il est le chef de l'hérésie des Nazaréens. Il a même tenté de profaner le temple. Alors nous l'avons saisi et nous avons voulu le juger selon notre loi." (Actes des Apôtres 24, 5-6)
Survivance de l'Eglise de Mgr Chatel